28 septembre 2008
Entre les murs...
Après le livre, le film.
Un documentaire fiction? Plus documentaire que fiction. Quel était l'objectif de François Bégaudeau? Délivrer un message? Donner un savoir faire professionnel en exemple? Se plaindre de l'état de délabrement avancé de certains collèges? Se réjouir de cette fraîcheur d'esprit des élèves, de leur liberté de ton? Rien de tout cela.
Le livre était un témoignage. Réaliste. La vie professionnelle est très éprouvante dans ces collèges qui ne sont pas si rares qu'on voudrait le croire. Luc Ferry a eu, au moins, le mérite de reconnaître sur I Télé, au cours d'un échange avec Philippe Meirieu, qu'il serait incapable d'enseigner dans ce genre de situation.
Le film reprend, assez fidèlement, quelques scènes du livre et se limite au niveau de la quatrième (le niveau le plus difficile dans tous les établissements). Les acteurs jouent très bien des textes et des situations écrites à l'avance et la spontanéité est réduite même si les élèves du collège Dolto n'ont pas eu besoin de se forcer beaucoup pour entrer dans la peau des personnages. La mise en scène est efficace et c'est peut-être une des raisons du choix du jury.
C'est un point réconfortant. Il y a des établissements où l'on peut travailler tous les mercredis pour produire un film qui marque les spectateurs et probablement le jury qui a découvert une situation dont il ne mesurait pas la gravité.
On se demande s'il était impensable de tourner ce film dans le collège où Bégaudeau a souffert.
Un témoignage donc sur l'état de nos collèges, des professeurs , des agents de service et des chefs d'établissement. Un témoignage qui montre les faiblesses et les travers de tous ces adultes qui n'en peuvent plus et qui contribuent dans un grand cercle vicieux à la diminution de leur autorité et au bout du compte de leur efficacité. A commencer par Bégaudeau lui même qui n'est pas plus indulgent pour ses erreurs que pour celles de ses collègues.
On est souvent tenté de dire que ce qui lui arrive, il l'a bien mérité. Ses petites lâchetés, ses accomodements, ses négociations ne peuvent qu'aboutir au résultat constaté. Le chantage du risque de renvoi au Mali d'un élève qui empêche la classe de fonctionner est caractéristique de l'ensemble du problème.
Xavier Darcos et Philippe Meirieu disent que la pratique pédagogique de Bégaudeau ne doit pas servir d'exemple. Mais ils ne parlent pas par expérience. On voit bien ce qu'il ne faut pas faire. Il est plus difficile de dire ce qu'il aurait fallu faire avant que la situation devienne ingérable.
Comme le disaient les premières spectatrices aux micro-trottoirs: "Il vaudrait mieux ne pas montrer ce film aux futurs enseignants, ils vont vouloir changer de métier."
Commentaires
Plein accord
Je viens de lire votre critique du film dont vous m'aviez invité à prendre connaissance dans un commentaire laissé après ma propre critique parue sur AGORAVOX, "ENTRE LES MURS, une opération politique d'exorcisme national ?"
Je ne peux que souscrire à vos observations. Une différence toutefois qui tient à nos expériences différentes. J'insiste sur la responsabilité écrasante de l'administration dans la situation désastreuse actuelle bien qu'elle n'exonère pas pour autant les professeurs qui ont cherché un accommodement plus ou moins honorable ou lâche pour survivre dans une pareille jungle.
L'administration devrait être la première à respecter les règles, morales, civiles et pénales. Or, elle est la première à les violer. Quel exemple !
Je vous conseille deux de mes ouvrages qui dresse un état des lieux :
- sous mon pseudonyme Paul VILLACH, "Les infortunes du Savoir sous la cravache du pouvoir : une tragicomédie jouée et mise en scène par l'Éducation nationale" (Lacour, Nîmes, 2003);
- sous mon patronyme Pierre-Yves CHEREUL,"Un blâme acédémique flatteur" (Lacour, Nîmes, 2007.)
Cordialement,
Paul Villach (AGORAVOX)
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